Khal, royaumes renaissants

Publié le par Unyvert le blog d'Alanysfolle

Sur les RR, j'ai joué quelques temps un personnage "fortement" inspiré du profil de Khal Drogo, de la saga "Le Trône de Fer" de George RR. Martin. Histoire de tenter l'exercice.

(Merci d'écouter la musique en lisant le texte)

L'histoire. 

Je t'accepte. 
Vois qui je suis.
 

Le vent se lève et soulève les grains de sable autours d'eux, délogeant une mèche blonde fixée depuis peu. La chevelure sombre s'anime et se déploie derrière lui alors qu'il contemple ce visage fier et obstiné. L'accepter telle quelle, bien plus entière qu'elle ne l'imagine, laissant couler ses défauts entre ses doigts. Ignorant ce qui pourrait un jour leur nuire. Passer outre et fermer les yeux, guettant le vent et son appel. 
Faire le vide autours de lui, ne pas sentir sur son corps le sable griffer sa peau, ignorer la morsure du froid et son regard à elle, sur lui, courroucé. Faire abstraction du reste quelques minutes, glissant ses doigts dans le sol qu'il étreint et malmène de ces mains. 
Puis se redresse et la regarde quelques secondes, avant de parler dans sa langue natale, incompréhensible pour elle. 
La voix se change, devient alors animale tandis qu'il trace sur le sable quelques symboles à ses genoux, légers alors, puis plus profonds et plus grands tandis qu'il s'approche des genoux pâles d'Astana. Remonte dans sa gorge quelques profondes intonations, tandis qu'il s'anime et se relève, laissant sa voix parcourir les dunes et les montagnes de son pays. Ses bras se détendent et s'ouvrent, son pied frappe la terre violemment à trois reprises puis il se calme et ses bras retombent, lourds, contre son corps. Plongeant son regard dans le sien, il retrouve son souffle lentement et commence à raconter son histoire, de cette langue inconnue qu'il n'arrivera pas à traduire en cet instant. Elle se veut entière, qu'elle le voit entier. 

Il lui raconte qu'un jour pluvieux, tandis que son peuple et lui partaient en guerre, confiants comme à leur habitude des trop nombreuses victoires passées, ils s'étaient retrouvés prit entre deux feux. Une armée bien plus vaste que toutes celles qu'il avait vu, déferlant sur la plaine comme une tempête des sables s'était déversée sur l'horizon pour la recouvrir complètement. 
Il se penche, attrape la main de la blonde et la relève tandis qu'il poursuit son histoire. Ils n'avaient pas cherchés à fuir, comprenant que leur route s'achèverait ici, face à ce dragon de flammes et de lances, et s'étaient élancés à leur rencontre en hurlant. 
Le vent se fait plus fort et claquent dans l'air la jupe d'Astana de concert avec la chevelure de Khal. Sa voix devient plus menaçante tandis qu'il lui tourne autours, le regard sombre et froid et qu'il poursuit son histoire. 
Ils étaient mille. Ils l'étaient dix fois plus. Et le martèlement des sabots faisait trembler la terre tandis que leurs voix unies et terrifiantes s'élevaient pour faire jaillir un flot de haine sans précédent. 
Il lui raconte comment alors, pour la première fois de sa vie, son cœur s'est emplit de peur, mais n'a pas failli. Derrière elle, il glisse une main sur sa gorge qu'il presse doucement, sans violence tandis qu'il raconte à son oreille, la voix rauque et sombre qu'un à un, ses frères s'étaient éteints, le visage heurtant le sol dans un dernière souffle, le corps transpercés de lances, les membres arrachés, les entrailles recouvrant la terre. Il presse davantage une seconde, à peine, puis glisse sa main sur son ventre. 
Et le sang jaillit de toutes part, pourrissant l'horizon de son odeur métallique tandis que les femmes étaient prises à même les cadavres. Les bêtes décapitées, les hommes tués, les femmes violées. En seulement quelques minutes. 
Il se détache d'elle, retourne glisser ses pieds sur les symboles presque effacés et l'observe à nouveau. 

Puis fixant l'horizon vert de ce pays détesté, il se perd en abîmes et poursuit, la voix éteinte. 
Bientôt, il ne resta plus que lui, entouré de dix, vingt, cent, mille hommes, menaçant, découvrant le carnage qu'il avait fait à lui tout seul. Et le martèlement des poings sur leurs torses tandis qu'ils l'avaient répudié. Lui l'homme sans peuple. Condamné à vivre ainsi. Guerrier brisé, avec pour seul souvenir sa chevelure intacte. Lui, le fier, le vaincu, tellement avide de victoire qu'il en était devenu imprudent et orgueilleux. Lui l'homme défait. Laissé pour mort dans ce cimetière découvert. 
Ses poings se crispent, son regard se voile. Il reporte son regard sur elle et plonge son regard dans le sien. La douleur est visible, palpable, mais il ne bronche pas et pas une larme ne coulera sur ces joues aujourd'hui. Il se redresse, majestueux. L'homme brisé pas vaincu et s'approche d'elle. 

Le silence reprend ses droits tandis que son souffle se calme, qu'il se perd dans l'azur de son regard pour étancher sa soif, pour éteindre cette colère toujours vibrante, étouffante, asphyxiante. Une main dans ses cheveux qu'il détache doucement, récupérant ce ruban rouge qu'il garde dans son poing. Ses cheveux se déploient et envahissent son horizon alors qu'il s'approche et glisse une main sur son ventre, remontant sur sa poitrine dénudée. Il observe cette chemise qu'il a arraché quelques temps plus tôt puis glisse son regard sur un sein nu qu'il empoigne doucement. Fermer les yeux, ne plus songer à leurs cris à eux... 
Retrouver en sa mémoire ses cris à elle. Et tandis qu'il lutte pour retrouver son âme, il s'approche d'elle, et l'embrasse sauvagement. 

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Publié dans Textes à moi

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